Le drapeau et le tablier, Kurumizawa Shin, mise en scène de , février 2025, théâtre Asakusa Kyugeki.
Inspirée de récits et souvenirs de sa grand-mère, la dernière pièce de Kurumizawa interroge sur les rouages de la militarisation de la société japonaise pendant la deuxième guerre mondiale et dans les années la précédent, en portant son regard sur l’association des femmes pour la défense nationale. Créée en 1932 à Osaka, au moment de l’entrée en guerre du Japon contre la Chine, elle aurait rassemblé jusqu’à 300 000 membres, volontaires pour encourager les jeunes recrues envoyées au front, les saluant, les encourageant et leur servant du thé lors du grand départ. Cette œuvre a tous les traits d’une tragi-comédie. D’emblée de jeu, on se retrouve dans une ambiance qui conviendrait à Omar Porras. La déferlante de personnages, leurs masques de foule anonyme, la truculence et l’énergie des acteurs, ne sont pas sans rappeler La visite de la vieille dame mise en scène par le colombien. Tout au long de la pièce, Kurumizawa dénonce l’engrenage qui rend complices quelques femmes au foyer, désireuses de trouver une place dans la société se militarisant, du sacrifice des enfants des autres. Se prenant au jeu de la reconnaissance, manipulées par un jeune journaliste ambitieux, par un commerçant enrichi par la guerre, et par l’armée elle-même en la personne d’un général de Tokyo, Tami Hashimoto, admirablement interprétée par Matsumoto Tsuru, se perd dans la montée de la guerre jusqu’à la défaite. Les six personnages féminins, qui ont trouvé leur auteur, nous rappellent les comédiennes chères à Ozu, de Haruko Sugimura, populaire et prompte aux commérage tout en portant ses propres blessures, à Setsuko Hara, engoncée dans une certaine bourgeoisie. Les étapes de la guerre sont soulignées par les interventions de Shinko Miura, en mendiante revendicatrice, Cassandre lucide et ignorée. Drôle et dramatique, magnifiquement portée sur scène par la troupe de Myrtle Arts, sociale et historique, c’est une pièce qu’il faut voir.
